Skinheads : qui sont-iels ?

EDIT : 15 décembre 2018.

Bonjour à toutes et à tous ! Tout d’abord toutes mes excuses pour le temps que cet article a mis à sortir… Mon entrée en master a suscité de nombreuses péripéties et donc a demandé énormément de temps !

Suite au sondage pour le choix du thème de l’article précédent (> Bipolaire ou lunatique ?), me voilà alors lancée sur un mouvement de pensée ! Le sujet de cet article a surtout été influencé par mon voyage en Italie (où vous pouvez retrouver mes photos sur facebook Instants Maléfiques / instagram Instants Maléfiques / le hashtag #InstantsMalefiques), pays où nous pouvons observer la dangereuse montée de l’extrême-droite dans son gouvernement… J’ai alors voulu, comme à mon habitude, écrire un article dont le but est de déconstruire les idées préconçues. C’est pourquoi j’ai choisi de traiter le mouvement SKINHEAD !

2822377808_3.jpg
(Photo prise sur https://trojan-skin-69.skyrock.com/)

Origine du mouvement

Le mouvement Skinhead est né au Royaume-Uni dans les années 1960. Un.e Skin était un.e jeune blanc.he, prolétaire, et britannique, qui n’était rattaché.e à aucun mouvement politique. Iel avait un comportement bien précis, et s’était réapproprié.e le style vestimentaire (devenu code) et musical des vagues d’immigration noires au Royaume-Uni, avec qui iel partageait son quartier.
À l’origine donc, la musique qui caractérisait ce mouvement était le rock jamaïcain, le ska, puis le reggae. Ce n’est que dans les années 1970 que le mouvement Skinhead fut caractérisé par le punk rock (fin ’70), et enfin la Oi !. Le mouvement a donc suivi l’évolution des courants musicaux de la seconde moitié du XXème siècle.
C’est grâce à ces points communs (origine sociale, amour de la musique noire notamment jamaïcaine, goût pour la bagarre) que le mouvement rassemblait des personnes aussi bien noires que blanches.

Vous voyez donc que l’origine des Skinheads n’a absolument rien à voir avec le nazisme… Il s’agissait d’une fusion entre culture prolétaire blanche et culture des jeunes noir.e.s antillais.e.s et jamaïcain.e.s (les Rude Boys). Mais alors comment on en est arrivé à ce désastre me diriez-vous ?

Evolution

Comme je vous le disais dans la partie précédente, le mouvement Skin a vu le jour dans les années 1960 et s’est vu évoluer à travers les décennies.
C’est à l’issue d’une crise sociale et politique, que des mouvements racistes sont apparus. Des bandes organisées, certaines provenant des riders-rockeurs (Hells Angel, Rebels) et essentiellement localisées sur Paris, se voient séduites par les textes néonazis du groupe anglais Skrewdriver et sont récupérées par les idées de l’extrême-droite anglaise et française (qui avait besoin de gros bras) à coup de propagande douteuse. C’est donc à la fin des années ’70 / début ’80, qu’une vraie rupture s’établie entre les skins.

147926991.jpg
(Photo prise sur https://pantophoby.skyrock.com/)

La population française a peur de ces skins car le peuple a l’image qu’iels deviennent majoritaires dans le mouvement ; iels ont la main mise sur les quartiers parisiens et sont violent.e.s dans les rues. Afin de contrer cette montée, des Skins anti-racistes, aidé.e.s par des gangs de jeunes de banlieue montent sur Paris, et des bandes organisées antifascistes et « chasseur/se de skins » telles que les Black Panters ou les Ducky Boys (première bande officiellement chasseurs de Rebels et anti-skins nazi.e.s) se crées et s’associent au mouvement punk dans cette lutte.
* Certaines d’entre elles étaient déjà chasseur/se.s de Rebels, elles ont simplement élargi leur lutte face à l’émergence des Skinheads revendiqué.e.s néo-nazis. C’est une guerre idéologique, et bien physique qui se passe dans les rues.

 

 

Les Skinheads n’ayant pas choisi cette branche se tournent vers le bord gauche de la politique, ou se proclament apolitiques.

C’est donc à la suite de cette rupture que le mouvement Skin a évolué vers des banches différentes.

Différentes branches

Après cette scission, le mouvement s’est divisé en d’autres filières, notamment par leur bord politique.

Pour les apolitiques, on retrouve principalement les Trojans, qui restent dans l’origine de base du mouvement. Même s’iels se proclament apolitiques, iels constituent une bonne partie des SHARP (SkinHead Against Racial Prejudice).

Du côté de l’extrême-droite on retrouve surtout les branches nationalistes, néonazies, suprémacistes, néofacistes… tel que les Boneheads. On les repère généralement par le port de lacets blancs à leurs chaussures (comme un signe pour le white power).


♦ Témoignage de Vito, Skin Nationaliste ♦ :
– Moi : C’est quoi pour toi, être skin ?
– Vito : Être skin c’est un mode de vie, une façon de voir la société autour de nous et de se dire qu’on l’emmerde.
– Moi : Te considères-tu comme skinhead ? Si oui quel type/branche ?
– Vito : Oui, je suis un skin nationaliste, mais je n’appartiens à aucun mouvement ou groupe politique.
– Moi : Qu’est-ce qui dans ton quotidien te fait sentir skin ? Est skin ?
– Vito : Le fait que tout le monde te regarde et arrête de parler quand tu montes dans un bus, les regards dans la rue, le fait de se démarquer des autres.
– Moi : Avant d’être skin, t’es-tu déjà renseigné sur l’origine du mouvement ? Et t’a-t-il plu au premier abord ?
– Vito : Oui je m’étais renseigné pendant ma période punk au début de mon adolescence, et le mouvement m’intéressait : le look, les Docs cirées, les ourlets au millimètre près, j’ai très vite acheté un Fred Perry et une tondeuse à cheveux.
– Moi : Excuse-moi il y a juste un truc que j’ai du mal à comprendre, comment tu as pu passer d’une période punk à skin nationaliste ?
– Vito : Je suis passé de punk à redskin. Le milieu antifa m’a saoulé, ce mouvement c’est 90% de mecs qui ont vu le documentaire Antifa Chasseurs de Skins et qui veulent faire pareil. Du coup je suis devenu apolitique. Puis j’ai lu des livres, et je suis devenu nationaliste.


Pour ce qui est de l’extrême-gauche, on retrouve tout d’abord les Redskin : skinheads antiracistes arrivé.e.s d’Angleterre au milieu des années 1980 afin de lutter contre la montée de skin nazis. Leur nom provient de Red qui est rouge en anglais, rappelant ainsi l’idée communiste, idée contre laquelle se battent les skins d’extrême-droite (à l’inverse, eux, ont les lacets rouges). Existe aussi les SHARP (mouvement arrivé des USA) que je mentionnais un peu plus haut, qui se sont développé.e.s tout d’abord en tant qu’apolitique, ne voulant pas prendre part à la division du mouvement dans les années 1980.


♦ Témoignage anonyme, SHARP ♦ :
– Moi : C’est quoi pour toi, être skin ?
– Anonyme : Pour être skin ? Comme le dit le chanteur de Bad Manners (groupe de ska) dans le reportage Skinhead Attitude, être skin c’est aimer le football, aimer le ska, bien se saper, être prêt.e à assurer s’il y a de l’action, et surtout être antiraciste. Mais pour être plus exact ce n’est pas qu’une question de look, c’est une attitude, un mode de vie.
– Moi : Pourquoi l’antiracisme et le mouvement Skinhead ne peuvent pour toi pas être liés ?
– Anonyme : Car à partir du moment où t’es nazi tu ne peux pas être skin. Comme l’a dit Rody Moreno -chanteur du groupe The Oppressed- tu ne peux pas être Skinhead et nazi puisque sans la Jamaïque les Skinheads n’existeraient pas. Iels s’habillent comme nous, écoutent notre musique et se disent Skinhead. Mais la vérité c’est qu’un.e nazi ne sera jamais un.e vrai.e skin parce que ça n’a aucun sens. Fondamentalement l’extrême droite combat l’immigration et le métissage des cultures, alors que le mouvement skin est né de l’immigration et du métissage des anglais et des rudies … « Nazi Skinhead » c’est un foutu non sens, ces deux mots ne devraient pas être mis côte à côte.
– Moi : Te considères-tu comme skinhead ? Si oui, de quel type/branche ?
– Anonyme : Oui je me considère comme skinhead et j’en suis fier.e. Je me revendique de la mouvance SHARP et des Bovver Boys. SHARP c’est Skinhead Against Racial Prejudice qu’on pourrait simplifier en français comme skin antiraciste. Mais ce n’est pas de la politique : c’est du bon sens. Moi je suis apolitique, mais être skin et antiraciste ça va de paire pour moi. Les Bovver Boys ce sont les « fouteur/se.s de merde des stades de football anglais » dans les années ’70 ’80 ’90 avant l’arrivée des Casuals. Iels avaient l’image de bagarraeur/se.s aux cheveux rasés et Dr Martens. Avec le temps, le terme est un peu devenu générique et designe les skin qui font partie des branches les plus ferventes du supporterisme. Il faut savoir que les skins ont toujours été lié.e.s à la culture foot.
– Moi : Qu’est-ce qui dans ton quotidien te faire sentir skin ? Est skin ?
– Anonyme : Dans mon quotidien ? Bah c’est dur a dire ! Quand j’étais plus jeune, être skin avec les copains/copines c’était être une meute de loups, c’était avoir la haine et la cracher à la gueule du monde, c’était une révolte. Avec les années qui passent, je me dis qu’être skin au quotidien c’est justement être skin au quotidien : je me lève skin, je respire skin, je bouffe skin. C’est ce que je suis, ça coule dans mes veines.
– Moi : Avant d’être skin, t’es-tu déjà renseigné.e sur l’origine du mouvement ? Et t’a-t-il plu au premier abord ?

– Anonyme : Avant d’être skin je n’étais pas super renseigné.e, j’écoutais surtout du punk puis j’ ai traîné avec un skin, et parallèlement je m’étais mis.e à écouter pas mal de reggae (du vrai reggae), puis c’est venu petit a petit. Quand j’ai commencé à m’intéresser a cette culture, je ne me suis pas dis « ah pxtain c’est cool je veux en être ! ». En fait depuis gamin.e j’ai un truc qui brûle à l’ intérieur prêt a exploser à tout moment, quand j’ ai apprivoisé la culture skinhead j’ai posé un nom sur ce qui me brûlait de l’intérieur. Je me suis dis ça y est, c’est ça. Un peu comme quand on dit d’un.e jeune marginal.e qu’iel se cherche. Moi c’est là-dedans que je me suis trouvé.e.
Ajout : Voilà, je pense avoir répondu, j’ai oublié de parler de la classe ouvrière et de son importance mais j’avais peur de m’éloigner des questions.

 

Je tiens à préciser que ceci est une liste non exhaustive, elle n’a pas le but de mettre chaque personne skinhead dans une catégorie. Chaque personne a ses idées, et ne souhaite pas forcément se rattacher à une branche précise (et ne respecte pas forcément le code couleur des lacets). Le but de cet article est avant tout d’être informatif et de montrer que non, tou.te.s les skinheads ne sont pas nazis 😉.
De plus, le mouvement (comme tout mouvement d’ailleurs) s’est construit de différents côtés, et un peu comme il le pouvait. Il n’y a donc pas d’histoire précise, mais des faits importants que j’ai voulu éclairer dans cet article.

Sources :

Reportage « Gangs Story – Episode 1 : Les années rock »
Wikipédia
Témoignages

Merci à Vito et X pour leur relecture et leurs témoignages.

Maleficent

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s